Interview Kono Yoshinori, bujutsuka sans concessions
Beaucoup de sportifs utilisent-ils ce qu'ils ont appris avec vous?
Il y en à quelques uns mais cela est difficile car cela va à l'encontre de ce que leurs entraîneurs leur demandent. C'est presque l'opposé. (rires)
En ce moment parmi les plus célèbres en activité il y a la championne du Japon de tennis de table. Je lui ai enseigné à ne pas se déplacer en appui sur les orteils. Mais en fin de compte il n'y a pas plus d'une personne sur mille qui travaille réellement les techniques après les avoir vues. En voyant ou faisant l'expérience des techniques tout le monde est stupéfait mais quasiment aucun n'étudie réellement. C'est un monde totalement différent. Entrer dans une pratique où ce que l'on a fait jusqu'à présent n'est d'aucune utilité est très difficile et désagréable. Ceux qui viennent avec la volonté de rentrer dans un autre univers sont réellement rares… Mais c'est aussi bien ainsi.
Notes psychomotricité
lundi 9 août 2010
Musculation
Interview Kono Yoshinori, bujutsuka sans concessions
La musculation ne pourrait-elle pas permettre de remédier à ce type de problèmes?
Le corps doit être utilisé dans la globalité mais la musculation ne développe le corps que partiellement. Cela est source de déséquilibre et de problèmes physiques car certains muscles se développent alors que d'autres restent atrophiés et cela provoque des blessures musculaires telles que les déchirures. Même un enfant pourrait comprendre cela mais personne n'essaye d'y remédier.
Il est possible de pratiquer la musculation mais il faut le faire en pensant à développer le corps dans sa globalité. Mais je crois qu'il est aussi très efficace de développer son corps par le travail. Les sumotoris anciens Wakanohana ou Taïho n'avaient-ils pas développé leur corps ainsi? Les fondements du corps des sumotoris du passé venaient du travail dans les champs et les rizières. Avant de devenir lutteur ils avaient forgé un corps puissant qu'ils ont pu développer facilement.
L'entraînement actuel ressemble à une sorte de menu. Si on fait cela, tel muscle se développe. Avec ce type de pensée il devrait être possible de prévoir le développement du sportif et de son niveau. Mais les faits montrent que ce n'est pas aussi simple.
La musculation ne pourrait-elle pas permettre de remédier à ce type de problèmes?
Le corps doit être utilisé dans la globalité mais la musculation ne développe le corps que partiellement. Cela est source de déséquilibre et de problèmes physiques car certains muscles se développent alors que d'autres restent atrophiés et cela provoque des blessures musculaires telles que les déchirures. Même un enfant pourrait comprendre cela mais personne n'essaye d'y remédier.
Il est possible de pratiquer la musculation mais il faut le faire en pensant à développer le corps dans sa globalité. Mais je crois qu'il est aussi très efficace de développer son corps par le travail. Les sumotoris anciens Wakanohana ou Taïho n'avaient-ils pas développé leur corps ainsi? Les fondements du corps des sumotoris du passé venaient du travail dans les champs et les rizières. Avant de devenir lutteur ils avaient forgé un corps puissant qu'ils ont pu développer facilement.
L'entraînement actuel ressemble à une sorte de menu. Si on fait cela, tel muscle se développe. Avec ce type de pensée il devrait être possible de prévoir le développement du sportif et de son niveau. Mais les faits montrent que ce n'est pas aussi simple.
Développement dans l'enfance
Interview Kono Yoshinori, bujutsuka sans concessions
Notre société actuelle serait donc responsable de notre incapacité croissante à utiliser efficacement notre corps?
Tout à fait, et cela commence dès l'enfance. Enfant je fabriquais beaucoup de choses avec mes mains et je jouais dans la montagne. Je me fabriquais des flûtes en bambou, des arcs, des katanas en bois… Je crois que fabriquer des objets est un très bon exercice physique. Porter des objets et aider les gens dans la vie quotidienne fait aussi partie de l'éducation du corps. Grimper aux arbres ou sauter de branches en branches est pour moi le meilleur entraînement. A l'époque Meïji un célèbre maître de sabre nommé Nakaï Kamejiro possédait des capacités physiques incroyables. Il s'amusait à attraper des singes sauvages ou courait en frappant un pot vide sur les pentes de montagne. C'est ainsi qu'il développa un physique incroyable. Son corps semblait fait de câbles d'acier. Il ne s'entraînait pas avec des poids mais en faisant un tsuki en tenant son shinaï d'une main il faisait voler ses adversaires de plusieurs mètres!
Aujourd'hui les lutteurs japonais ont du mal à rivaliser avec les lutteurs mongols qui ont eu ce type de vie dans leur enfance.
La véritable éducation physique consiste à montrer la joie et le plaisir d'utiliser son corps qui sont bien supérieurs à ceux des jeux vidéos. C'est cela la véritable éducation physique. Plus encore, avant de jouer au football ou au baseball il faudrait apprendre à se lever, tomber, porter des objets ou des personnes.
Je voudrais demander aux parents de considérer ce qui est essentiel. Plutôt que d'être bon en foot n'est-il pas intéressant de pouvoir porter des choses, couper du bois ou faire un nœud? Rentrer dans une université est bien mais forger un corps et un esprit solide permet d'affronter les défis de la vie.
Aujourd'hui si une catastrophe naturelle telle qu'un tremblement de terre arrivait beaucoup de gens seraient inutiles aux autres car ils ne sont pas capables de transporter d'objets lourds, mais ils seraient même probablement incapables de survivre seuls.
...
Le sport n'est-il pas une méthode d'éducation physique?
Le principal problème des sports actuels est que plus les gens s'investissent plus ils se blessent. Ils ne se renforcent pas mais se consument et s'épuisent. Par exemple un entraîneur m'avouait que le moment où un joueur de badminton atteint un niveau professionnel est généralement celui où il a définitivement abimé ses genoux.
Notre société actuelle serait donc responsable de notre incapacité croissante à utiliser efficacement notre corps?
Tout à fait, et cela commence dès l'enfance. Enfant je fabriquais beaucoup de choses avec mes mains et je jouais dans la montagne. Je me fabriquais des flûtes en bambou, des arcs, des katanas en bois… Je crois que fabriquer des objets est un très bon exercice physique. Porter des objets et aider les gens dans la vie quotidienne fait aussi partie de l'éducation du corps. Grimper aux arbres ou sauter de branches en branches est pour moi le meilleur entraînement. A l'époque Meïji un célèbre maître de sabre nommé Nakaï Kamejiro possédait des capacités physiques incroyables. Il s'amusait à attraper des singes sauvages ou courait en frappant un pot vide sur les pentes de montagne. C'est ainsi qu'il développa un physique incroyable. Son corps semblait fait de câbles d'acier. Il ne s'entraînait pas avec des poids mais en faisant un tsuki en tenant son shinaï d'une main il faisait voler ses adversaires de plusieurs mètres!
Aujourd'hui les lutteurs japonais ont du mal à rivaliser avec les lutteurs mongols qui ont eu ce type de vie dans leur enfance.
La véritable éducation physique consiste à montrer la joie et le plaisir d'utiliser son corps qui sont bien supérieurs à ceux des jeux vidéos. C'est cela la véritable éducation physique. Plus encore, avant de jouer au football ou au baseball il faudrait apprendre à se lever, tomber, porter des objets ou des personnes.
Je voudrais demander aux parents de considérer ce qui est essentiel. Plutôt que d'être bon en foot n'est-il pas intéressant de pouvoir porter des choses, couper du bois ou faire un nœud? Rentrer dans une université est bien mais forger un corps et un esprit solide permet d'affronter les défis de la vie.
Aujourd'hui si une catastrophe naturelle telle qu'un tremblement de terre arrivait beaucoup de gens seraient inutiles aux autres car ils ne sont pas capables de transporter d'objets lourds, mais ils seraient même probablement incapables de survivre seuls.
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Le sport n'est-il pas une méthode d'éducation physique?
Le principal problème des sports actuels est que plus les gens s'investissent plus ils se blessent. Ils ne se renforcent pas mais se consument et s'épuisent. Par exemple un entraîneur m'avouait que le moment où un joueur de badminton atteint un niveau professionnel est généralement celui où il a définitivement abimé ses genoux.
Battements de coeur
Interview Kono Yoshinori, bujutsuka sans concessions
Dans le même esprit on dit que jusqu'à 12 ans le cœur des enfants se développe et il semble qu'il est nécessaire qu'il batte beaucoup. Le goût inné des enfants pour des activités "effrayantes" est sans doute une activité instinctive qui aide à leur développement.
Dans le même esprit on dit que jusqu'à 12 ans le cœur des enfants se développe et il semble qu'il est nécessaire qu'il batte beaucoup. Le goût inné des enfants pour des activités "effrayantes" est sans doute une activité instinctive qui aide à leur développement.
Façon de marcher Japon ancien
Interview Kono Yoshinori, bujutsuka sans concessions
La façon de marcher des gens dans le Japon ancien était donc différente de celle d'aujourd'hui?
Oui, c'était très différent. Ils marchaient sans balancer les bras.
Ce qu'on appelle Nanba aruki?
Oui c'est cela.
Tout le monde marchait-il ainsi?
Tout le monde. Si l'on regarde les tableaux japonais antérieurs à l'époque Meïji, personne ne marche comme aujourd'hui. Lorsque qu'une main était sortie ou avancée cela était de cette façon.
Kono senseï démontre alors les différentes façons de bouger du Japon ancien. Les différences dues à la pratique de leur métier marquaient les gens à un point tel qu'il était possible de connaître l'occupation d'un individu à sa démarche. Il semble d'ailleurs que connaître la façon de marcher de différent corps de métier ait été un talent nécessaire aux espions du Japon féodal.
Lorsqu'il fallait s'enfuir précipitamment lors d'un incendie ou d'une bataille qui se rapprochait les gens se déplaçaient ainsi. Comme s'ils dansaient.
Kono senseï se met alors à se déplacer les deux bras en l'air.
Généralement ils ne savaient pas courir. Lorsque quelqu'un qui ne sait pas courir se précipite cela donne ce genre de chose. Une sorte de Bon odori.
(N.d.a. Le Bon odori, danse du bon, est effectué lors de O-bon, la fête célébrant le retour des morts au mois d'août au Japon.)
La façon de marcher des gens dans le Japon ancien était donc différente de celle d'aujourd'hui?
Oui, c'était très différent. Ils marchaient sans balancer les bras.
Ce qu'on appelle Nanba aruki?
Oui c'est cela.
Tout le monde marchait-il ainsi?
Tout le monde. Si l'on regarde les tableaux japonais antérieurs à l'époque Meïji, personne ne marche comme aujourd'hui. Lorsque qu'une main était sortie ou avancée cela était de cette façon.
Kono senseï démontre alors les différentes façons de bouger du Japon ancien. Les différences dues à la pratique de leur métier marquaient les gens à un point tel qu'il était possible de connaître l'occupation d'un individu à sa démarche. Il semble d'ailleurs que connaître la façon de marcher de différent corps de métier ait été un talent nécessaire aux espions du Japon féodal.
Lorsqu'il fallait s'enfuir précipitamment lors d'un incendie ou d'une bataille qui se rapprochait les gens se déplaçaient ainsi. Comme s'ils dansaient.
Kono senseï se met alors à se déplacer les deux bras en l'air.
Généralement ils ne savaient pas courir. Lorsque quelqu'un qui ne sait pas courir se précipite cela donne ce genre de chose. Une sorte de Bon odori.
(N.d.a. Le Bon odori, danse du bon, est effectué lors de O-bon, la fête célébrant le retour des morts au mois d'août au Japon.)
Vriller le corps
Interview Kono Yoshinori, bujutsuka sans concessions
Le fait de ne pas pousser dans le sol ou de ne pas vriller son corps par exemple, sont des principes fondamentaux et élémentaires des nihon bujutsu. Mais aujourd'hui tout le monde au Japon a développé un corps adapté aux activités physiques occidentales.
Kono senseï joint alors le geste à la parole, marchant d'une façon commune, bras et jambe opposés avançant simultanément ce qui provoque une vrille au niveau de la colonne vertébrale.
Par exemple en boxe on vrille le corps de cette manière. C'est normal puisqu'il s'agit d'une activité née en Occident. Malheureusement en Judo moderne on bouge aussi ainsi… Cela change la façon d'exécuter la technique ainsi que son résultat.
Utiliser le corps sans vriller est une chose qui n'est plus connue, comprise ni enseignée. Que ce soit lorsque je pratiquais l'Aïkido, le Kashima ou n'importe quelle autre école, personne ne m'en avait parlé ni ne le savait. En ce sens Kuroda senseï est celui à qui je suis le plus redevable car plus qu'un enseignement technique il m'a livré les fondements des koryu. Par la suite mes recherches historiques et techniques m'ont confirmé ce qu'il m'avait révélé.
(Note de l'auteur: -Nihon bujutsu: technique martiale japonaise.
-Koryu: tradition martiale, littéralement école ancienne.)
Le fait de ne pas pousser dans le sol ou de ne pas vriller son corps par exemple, sont des principes fondamentaux et élémentaires des nihon bujutsu. Mais aujourd'hui tout le monde au Japon a développé un corps adapté aux activités physiques occidentales.
Kono senseï joint alors le geste à la parole, marchant d'une façon commune, bras et jambe opposés avançant simultanément ce qui provoque une vrille au niveau de la colonne vertébrale.
Par exemple en boxe on vrille le corps de cette manière. C'est normal puisqu'il s'agit d'une activité née en Occident. Malheureusement en Judo moderne on bouge aussi ainsi… Cela change la façon d'exécuter la technique ainsi que son résultat.
Utiliser le corps sans vriller est une chose qui n'est plus connue, comprise ni enseignée. Que ce soit lorsque je pratiquais l'Aïkido, le Kashima ou n'importe quelle autre école, personne ne m'en avait parlé ni ne le savait. En ce sens Kuroda senseï est celui à qui je suis le plus redevable car plus qu'un enseignement technique il m'a livré les fondements des koryu. Par la suite mes recherches historiques et techniques m'ont confirmé ce qu'il m'avait révélé.
(Note de l'auteur: -Nihon bujutsu: technique martiale japonaise.
-Koryu: tradition martiale, littéralement école ancienne.)
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